L’ASN – Consultation du public

29 / 10 / 2020

L’ASN – Consultation du public

Oct 29, 2020 | Actualités

Oui à une prolongation du fonctionnement des réacteurs de 900 MW sur 20 ans. L’Etat doit préciser clairement ses orientations.

 

L’ASN à ouvert sur son site Internet le 3 décembre une consultation du public sur les conditions de la poursuite de fonctionnement des réacteurs de 900 MWe au-delà de 40 ans. Cette concertation s’adresse à un domaine d’intérêt économique majeur au niveau national, mais aussi global puisqu’il s’agit du plus puissant moyen de production pilotable d’électricité quasiment sans émissions de CO2. (6 g CO2 par kWh)

Les 32 réacteurs concernés représentent un investissement considérable déjà largement amorti. L’apport de l’industrie nucléaire à notre balance commerciale est, selon le Président de 8 milliards € par an.  L’investissement pour la décennale sera d’environ 136.000 €/TWh produit sur 20 ans, soit 1.36 c€/kWh (une électricité payée environ 17 c€/kWh par les familles). C’est trois fois moins que l’investissement à engager pour produire le même TWh avec l’éolien terrestre et le solaire, hors backup et sans garantie de production. Et 5 fois moins que l’éolien en mer. C’est dire si cette consultation est importante pour notre pays !

La lecture du dossier, avis de l’ASN, fiche d’information, rapport du GPR, montre qu’un programme massif et ambitieux a été proposé par EDF et complété par les exigences de l’ASN. C’est bien sûr un dossier complexe inadapté à une consultation touchant l’ensemble des français  (qui a le temps et la formation pour lire l’indigeste Rapport d’instruction de l’IRSN). D’où le risque d’une confrontation purement numérique et inutile entre les « j’aime » et les « je déteste » résultant de la force de frappe d’une association antinucléaire mondiale.

Que dire de cette consultation, avec le regard d’une personne qui a une large expérience de la conception et de l’exploitation d’installations nucléaires, des relations complexes avec l’IRSN, et de la lourdeur de toutes les règlementations et procédures françaises.

Dans l’approche présentée des points très positifs :

  • d’une part c’est bien l’ensemble des réacteurs de cette génération qui est concerné, l’hypothèse d’une fermeture de 12 réacteurs supplémentaires d’ici 2035 n’étant pas abordée . C’est une bonne chose étant donné que, comme l’a clairement révélé la Cour des comptes en avril 2018 : « Les acteurs du monde de l’énergie – même au sein des administrations intéressées – sont nombreux à ne pas avoir cru dans les objectifs et la trajectoire définis par la LTECV et la PPE. Ce faisant, cet outil a failli à l’objectif qu’il s’était donné, celui d’offrir un cadre prévisible et consolidé de l’évolution de la politique énergétique ». Il est absolument nécessaire que EDF réalise l’ensemble des objectifs sur tous ces réacteurs car, de toute évidence, les objectifs 2030 de la LTECV et, à fortiori les objectifs qui vont être proposés par l’Europe, seront hors de portée sans l’apport du nucléaire, sauf à accepter de redéployer des centrales à gaz, ce que le gouvernement français s’interdit.
  • La méthode proposée, avec une analyse générique qui précède l’analyse par réacteur, va dans le bon sens d’une simplification.

Par contre d’autres points sont négatifs :

– L’ASN n’aborde pas la question de la capacité pilotable de production de notre électricité, alors que depuis 2011 la capacité fossile a diminué de 9,8 GW et celle du nucléaire de 1,8 GW. De plus l’équilibre de notre réseau électrique est fragilisé par l’arrivée massive d’une électricité intermittente. Si la sûreté du parc nucléaire répond bien à ce défi, la sécurité d’ensemble du pays est mise en danger en même temps que la solidité financière d’EDF, bridée par l’ARENH, qui réduit considérablement ses marges, et par des productions intermittentes qui l’oblige à réduire la production des centrales.

  • L’ASN n’aborde pas non plus la question de l’équilibre du réseau européen, alors que chaque pays, sans concertations, développe son mix sans se préoccuper des contrainte imposées à ses voisins (par exemple arrêt de 16 GW pilotables en Allemagne d’ici deux ans).
  • Il ne serait pas raisonnable qu’un tel effort de rénovation et confortement de la sûreté n’ouvre pas la voie à un principe de fonctionnement de 20 ans de plus. En effet cet objectif de 60 ans est déjà acquis sur des réacteurs semblables, aux USA par exemple, sans une masse d’améliorations aussi considérable. C’est d’autant plus inquiétant que ces réexamens périodiques décennaux sont trop rapprochés pour permettre à EDF de gérer paisiblement l’évolution de son parc et de ses investissements. Ce faisant on fragilise l’entreprise, ce qui ne va pas dans le sens de la sûreté. Elle serait plus forte avec une vision à 20 ans. Espérons que le gouvernement a demandé à l’ASN de bien prendre en compte cette hypothèse et que les travaux de l’ASN ont bien été menés en ce sens.
  • Il n’est pas raisonnable d’imposer à EDF un rythme de 3,2 examen décennaux des réacteurs par an avec les enquêtes publiques correspondantes. Ne serait-il pas plus efficace de limiter les enquêtes publiques, lourdes et chronophages, à une par site, l’IRSN continuant bien sûr à examiner chaque tranche séparément.
  • L’ASN a-t-elle été assez prévoyante, alors qu’elle s’inquiète dans son exposé de la capacité qu’aura EDF à mener en parallèle toutes ces procédures et travaux. Elle sait depuis longtemps que ces 32 réacteurs ont démarrés en une dizaine d’années de 1978 à 1988. N’aurait-il pas été plus sage, connaissant la solidité de la sûreté de ces installations, de déroger à des intervalles entre examens trop rigides et d’autoriser EDF à les étaler de quelques années : ce serait, de mon point de vue une bonne orientation du point de vue global de la sûreté que l’ASN devrait prendre en compte et proposer au gouvernement.
  • le rapport de Groupe permanent laisse supposer que les positions de l’IRSN, exposées par son rapporteur, étaient très dures, semble-t-il parfois excessives : le mieux est parfois l’ennemi du bien et ceux qui connaissent les exploitants savent qu’ils vivent sous une tension extrême, submergés par des engagements et exigences multiples résultant de demandes de l’IRSN, souvent redondantes.

En conclusion la doctrine de sûreté française est extrêmement solide, parfois même excessive et il me semble nécessaire que l’Etat précise clairement ses orientations, avec la souplesse que requiert une situation difficile, qu’il s’agisse de nos engagements climatiques ou de la survie de notre industrie. EDF et les industriels qui l’entourent ont besoin d’une vision à moyen terme, plus longue que 10 ans, pour bâtir une politique industrielle solide, gage de sûreté.

Pour sa part l’ASN devrait alerter l’état sur la fragilisation du réseau français qui résulte de la LTECV et de la PPE ainsi que des politiques énergétiques de ses voisins. La capacité pilotable française est déjà insuffisante et la croissance des électricités intermittentes n’aura qu’un effet minime sur la stabilité du réseau électrique.

Jean Pierre Perves

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